« Je veux porter sur le monde, un regard sans haine » -Ashitaka- Princesse Mononoké By Miyazaki,


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Dans Princesse Mononoké, l’équilibre du monde, à savoir l’équilibre entre les forces humaines et les forces naturelles, la cohabitation entre les dieux de la forêt et les humains, est rompu par ce qu’on pourrait qualifier de révolution industrielle avec le projet d’une femme, Dame Eboshi, d’étendre l’activité des forges où elle s’est implantée à toute la montagne où réside le Dieu cerf. Ce projet est concomitant de celui de l’empereur de tuer ce Dieu cerf pour acquérir l’immortalité. Dans ces circonstances, l’équilibre qui régnait toujours dans le clan d’Ashitaka est anéanti par les projets de Dame Eboshi lorsqu’un dieu sanglier rendu fou par une balle de l’arquebuse qu’elle a conçue, une arme inconnue du clan d’Ashitaka, est achevé par ce dernier. Ashitaka est maudit par le dieu mourant et il mourra comme lui-même, dévoré par la haine. Le prince ne peut rien faire pour échapper à cette fin terrible, il ne peut, selon les mots de sa chamane, qu’aller au devant de son destin en découvrant ce qui a transformé le dieu en démon, et en tâchant de « porter sur le monde un regard sans haine« . On peut y voir de nouveau, l’amor mundi d’Arendt. Cette maxime d’action donne à Ashitaka une position particulière puisqu’il comprend à la fois les ouvriers défendus par Dame Eboshi et attaqués par les dieux de la forêt, et ces mêmes dieux attaqués par les ouvriers. Miyazaki travaille d’ailleurs à nous rendre sympathiques toutes les parties en cause dans cette guerre entre les hommes et la nature. Cette position, qui est celle rêvée par l’homme-dans-la-brèche qui souhaiterait de tout coeur pouvoir un instant s’extraire du jeu de forces entre passé et futur et porter un regard de surplomb, n’empêche pas systématiquement Ashitaka d’agir. Il interrompt par exemple un duel entre la princesse Mononoké, fille humaine des dieux de la forêt, et Dame Eboshi. Pourtant elle le rend aussi inapte à empêcher que l’on tue le Dieu cerf, et que la grande bataille entre les hommes et les sangliers n’ait lieu. De fait, elle fait alternativement de lui un acteur et un spectateur, dans un mouvement d’intermittence proche de celui que décrit Bernard Stiegler dans le travail néguentropique.

Le film est profondément pessimiste. Certes il finit sur un happy end où chacun s’aperçoit des excès de son camp et s’excuse auprès de l’autre en regardant repousser la forêt détruite, mais les dieux de la forêt sont morts ou moribonds, on ne peut revenir en arrière quant à l’existence des armes à feu, et de la production industrielle d’acier. Ce que décrit Princesse Mononoké c’est l’avènement sanglant de l’anthropocène induit par une avancée technique pharmacologique sans thérapeutique: les arquebuses, qui, conçues pour les femmes rendent ces dernières indépendantes et capables de résister aux invasions des samurais, mais qui sont également employées pour l’achèvement des croyances et des lois par la décapitation du dieu cerf, et par là pour la dévastation d’un milieu avec lequel on n’a plus de contact ou pour lequel on n’a plus de reconnaissance.

 

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